par Rahila Rahimou

Kinshasa, une invitation au dépaysement avec Laëtitia Kandolo, styliste et fondatrice de la marque Uchawi           

À 25 ans, Laëtitia Kandolo affiche un parcours sans faute. Cette styliste parisienne, fraîchement retournée dans son pays d’origine, le Congo Kinshasa, a imaginé des collections et des looks pour les plus grandes stars (Rihanna, Lady Gaga, Kanye West..), et créé sa propre marque, Uchawi, qui signifie magique en swahiliElle est jeune, entreprenante, fougueuse, et n’a pas froid aux yeux : Laëtitia Kandolo est celle que nous voudrions tous devenir.

            Nous lui avons posé quelques questions sur la ville dont elle est tombée amoureuse : Kinshasa. S’étendant sur plusieurs kilomètres le long du fleuve Congo, la ville aux douze millions d’habitants regorge de sources d’inspiration...

 "La vie en rose" était la ligne directrice de la collection N°1 Uchawi, insipirée par Kin

Waxnext : Kinshasa est une ville gigantesque et indomptable. Quel a été l’élément qui t’a poussé à t’y installer ?

 Laëtitia Kandolo : Mes deux parents sont d’origine congolaise, et c’est vrai que j’ai vécu la plus grande partie de ma vie en France. Je pense qu’on arrive à un moment où on se pose certaines questions identitaires. Du coup j’ai décidé de rentrer dans mon deuxième chez-moi, qui est le Congo.

Il y a aussi un truc qui m’a poussé, c’est que je me suis rendu compte que c’est la seule ville où je n’achetais pas de vêtements, où je ne pouvais pas aller m’acheter un t-shirt blanc ou une chemise blanche, mais où je pouvais tout faire faire. Je me suis dit que je ferais mes propres chemises, mes propres vêtements pour moi et les autres.

  

WN : Damso a fait une chanson sur Kin la Belle : il a ton âge à peu près, et compare cette ville à une femme au lourd passé. Tu penses qu’aujourd’hui Kinshasa s’est remise de ses blessures ?

 

LK : Je pense que Kin ne s’est pas du tout remise de ses blessures, et on en est justement à un point crucial d’un point de vue politique : actuellement, on a un président qui a dépassé son mandat et qui est toujours là...

C’est vrai qu’il y a toujours ce… enfin il y a un espèce de … quelque chose de très froid, et en même temps quelque chose de très chaud, c’est à dire qu’on ne sait pas trop vers quoi le pays va se tourner... On ne sait pas si on va pouvoir se remettre de nos blessures, ou si ça va s’empirer.

 

WN : Dans quels lieux, dans quelles ambiances de Kinshasa tires-tu ton inspiration pour tes créations ?

COLLECTION N.1 KIN UCHAWI from Waxnext! on Vimeo.

 

LK : Au niveau des inspirations, Kin, ce qui est assez top c’est que concrètement il y a de l’ambiance dans toute la ville. Vous pouvez être assis dehors dans une pauvre rue et y rester deux heures, et vous allez tellement voir de choses différentes que vous pouvez tirer l’inspiration de tout. Moi je sais que j’ai de l’inspiration quand je vais dans les taxis… ou le peu que je marche, parce que je ne marche pas beaucoup à Kinshasa..

Laëtitia dans son atelier kinois avec ses couturiers peaufinant les dernières touches de la collection N.2, à découvrir ici dès le 02 Octobre..

L’inspiration est partout dans les soirées, dehors, les écoles, les commerces, y a de l’inspiration partout, y a de la musique partout, y a du bruit partout ! C’est une espèce de grosse bulle inspirante et ce qui est drôle, c’est que les Kinois eux mêmes ne s’en rendent pas compte… donc c’est quelque chose !

C’est vrai qu’on a aussi cette espèce de cohabitation entre des choses très anciennes, et des choses très high-tech, et la combinaison des deux c’est aussi ce qui m’inspire au quotidien.

 

WN : Où emmènerais-tu des amis pour aller passer du bon temps, manger ou faire la fête ?

 LK : Honnêtement je vous aurais bien répondu un restaurant X, mais finalement je pense que pour quelqu’un qui ne vient pas de Kinshasa, ce qui serait intéressant, c’est de pouvoir goûter ce qu’on appelle un bon malewa, c’est de la street food de Bandal (quartier populaire dans le centre de Kinshasa).

Un malewa, c’est un peu comme aller manger chez une tante, il y a quelques chaises et tables en plastique dehors, et c’est une personne qui cuisine et vend quelques trucs. Généralement, si elles cuisinent bien, ça fait leur réputation et les gens reviennent. Ce que les gens adorent, c’est le poulet-mayo, mais je déteste la mayonnaise donc c’est pas mon truc. C’est un poulet mariné puis braisé au charbon.. L’odeur de la braise il y a rien de mieux, et c’est une odeur que tu ne peux pas oublier. Moi ce que je prends c’est un poulet makemba, avec des bananes plantain frites.

Goûter un malewa, ce serait un bon élément de découverte, et ça permettrait aussi à cet ami de voir une vraie ambiance kinoise où vous êtes entourés de cinq, six, sept, huit bars qui ont chacun leur musique en même temps, et je vous avoue que c’est un bruit énorme, mais y a pas meilleur comme ambiance à Kinshasa !

 

WN : Quels sont les vêtements & accessoires que tu portes le plus à Kinshasa ? Pourquoi ?

LK : Lunettes de soleil et robe parce qu’il fait extrêmement chaud et que je ne supporte pas le pantalon à Kinshasa (rires). A part peut être en temps de saison sèche. La saison sèche c’est généralement sur l’été en fait, où il fait un peu plus frais, et pour eux ils ont l’impression que c’est l’hiver. Vous pouvez trouver des personnes en doudoune. C’est un peu de l’abus, mais c’est vrai (rires).

 

 

Écrit avec enthousiame by Thérèse de Gourcuff 


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