par Rahila Rahimou

Entretien avec Bernie Seb à propos de sa nouvelle collection Femme Delasebure 

 

Copyright @Delasebure

            De la Sebure, c’est une ligne made in Ouaga, de vêtements en wax, bazin (tissu damassé teinté main) et pagne. Les coupes de départ, pour sa première collection baptisée “À la cool”,  jouent avec la féminité et brouillent les codes du conformisme. Bernie Seb, le créateur, travaille avec de petits ateliers de coutures Burkinabés, et veille à ce que le sourcing du tissu se fasse sur place. Nous lui avons posé quelques questions à propos de sa nouvelle collection, où la femme est mise à l’honneur.         

Brouiller les codes du genre, s’affranchir des barrières du conformisme, jouer avec les motifs et les textures, c’est ça DE LA SÉBURE ?  

B.S. : Oui, le maître mot chez De La Sebure, c’est avant tout l’audace : mes vêtements ont des coupes différentes, qui font des pièces différentes, avec des tissus différents.

Copyright @Delasebure

 WN : On sait que tu choisis exclusivement des tissus #madeinouaga, tu travailles avec des petits ateliers de couture, et que tu fais attention au commerce local. Tu n’as jamais été tenté par Vlisco, ou par des tissus fabriqués en Chine, pour proposer des pièces plus abordables ?

B.S. : D’abord, pour Vlisco, le coût est élevé, et puis je n’adhère pas à leur philosophie. J’utilise du Wax et du pagne comme tissu, ainsi que du bazin. Mais le bazin je l’utilisais surtout dans ma première collection capsule, pour des détails comme un plastron ou une chemise. C’est un tissu assez rigide, c’est très amidonné, et l’entretien est assez compliqué. Le wax et le pagne que j’utilise sont bien sûre made in Ouagadougou, en accord avec le commerce local.

Copyright clichés perso de Bernie Seb

 Quelles sont tes idoles, les personnes qui t’ont le plus inspiré ?

B.S. : Les personnalités qui m’inspirent sont ceux qui ont de l’audace, comme le chanteur Jidenna et ses costumes élégants et audacieux, ou bien un rappeur comme Young Thug. Il brise les codes, par exemple en posant en robe sur sa pochette d’album. J’aime aussi les marques japonaises et coréennes, qui ont quelque chose d’excentrique tout en restant élégantes, ou bien la marque DELPOZO, qui suit le même schéma : élégant dans l’audace.

 

WN : Es-ce que le textile c’est une industrie dynamique au Burkina ?  

B.S. : L’industrie textile aujourd’hui au Burkina Faso, c’est plusieurs choses. Tout d’abord, la plupart des textiles ne sont pas fabriqués sur place : on peut constater beaucoup d’import de Chine, d’Inde et de Turquie.

Copyright Ferme biologique à Fada N'gourma non loin de Ouagadougou @c_vvelte

D’autre part, on peut voir une recrudescence du pagne tissé ces dernières années, avec  l’implémentation de nouvelles machines et une promulgation par le gouvernement de la production locale. Mais dans l’ensemble, cette dernière reste largement manuelle. En plus, on ne peut empêcher une certaine récession : il y a toujours des usines de fabrication de pagne type wax qui ont fermé.

 Burkinabé sur sa moto à Fada N'gourma non loin de Ouagadougou @ivan_ogilvie

En ce qui concerne l’engouement de la population pour le textile, on peut dire qu’il est réel. Les Burkinabés aiment bien s’habiller : c’est pas exactement comme les sapeurs d’Afrique Centrale, pas à ce point, mais il y a toute une classe moyenne qui est prête à acheter et porter de jeunes marques, comme GX226 ou 226KARA. C’est parce que 226 est l’indicatif téléphonique du Burkina.

 Quelles sont les dernières tendances vestimentaires à Ouaga ? De quoi tu t’inspires le plus quand tu repars là bas ?

B.S. : Au niveau des tendances vestimentaires, le pagne est un peu porté différemment dans tout le Burkina : ça va dépendre du milieu social. On voit pourtant un regain du port du pagne : avant, c’étaient les tontons ou les parents qui le portaient. Maintenant, le port du pagne est devenu politique. En effet, depuis peu le gouvernement favorise et encourage son développement

Jeune burinabé à Ouagadougou

Jeune Burkinabé branché de Ouagadougou - Copyright @chevalier_7etoiles

Je m’inspire de tout, et particulièrement de choses anodines. J’ai trouvé par exemple une jolie photo couverte de poussière, où mes parents posaient en 1975 dans un style élégant. Je m’inspire aussi des images dans les revues, des défilés, d’un peu de tout.

Les parents de Bernie Seb, Ouagadougou 1975 - Copyright Bernie Seb

Delasebure a été mis à l'honneur pour son côté éthique et responsable, pour toi la mode ce n'est pas qu'une question de vêtement? Jusqu'où va la portée éthique de ta marque?

 B.S. : L’éthique, c’est d’abord de dire : “je produis ma marque en Afrique, et pas pour les raisons que vous croyez. Il y a beaucoup de gens qui croient qu’on va produire en Afrique parce que c’est moins cher. D’abord, ce n’est pas forcément moins cher, surtout si on veut produire de manière juste et équitable. Et puis, produire en Afrique c’est aussi montrer qu’on peut faire des choses, on est fier de ce qu’on a, on s’assume dans notre différence.

Les tailleurs dans l'atelier De La Sébure à Ouaga - Copyright Bernie Seb

Tous mes employés sont bien évidemment rémunérés deux à trois fois mieux que la plupart des travailleurs, et je tiens à transmettre à chacun des tailleurs et couturiers une connaissance, un savoir faire. D’ailleurs, l’un de mes tailleurs a maintenant son propre atelier. On diffuse progressivement un savoir typiquement Burkinabé, par l’action directe et par l’information. On est pas une grande boite qui fait des programmes de RSE avec beaucoup de blabla, mais une entreprise qui pose des actes concrets.

Awa, une des tisseuses avec lesquelles De La Sébure travaille à Ouaga - Copyright @Delasebure

 

Ta collection femme: elle a été attendue depuis des années, quel a été le déclic? Raconte moi chaque pièce pour femme, qui vois-tu les porter?  

B.S. : Je pensais depuis longtemps à une collection femme. J’avais même fait des échantillons, mais à chaque fois ils n’étaient pas aboutis. Je voulais des pièces qui correspondaient parfaitement à ma vision de la femme : de l’élégance.

La robe de ma collection est toute en volume, avec une coupe ample pour donner une certaine attitude à la femme qui la porte. Dans mon esprit, la femme qui les porterait ressemblerait à Michelle Obama, Grace Jones, Kate Middleton ou Janel Monae : une femme qui a du caractère.

Le crop top, c’est l’idée de la femme fleur, avec beaucoup de volume, des froufrous, qui partent comme ça du buste pour fleurir de partout. Je la mettrais avec une jupe taille haute, pour que ça ait un certain volume.

Le haut chemise à épaulettes, je le mettrais avec une jupe boule, et la chemise à l’intérieur. Si j’ai mis les épaulettes, c’est pour donner l’image d’une femme forte, sûre de soi et qui s’affirme.

J’ai le projet d’autres pièces pour des futures collections. Mais je ne vous donnerais pas d’avant goût, c’est top secret (rires). Celle que j’aurais voulu être l’égérie de ma marque, c’est la mannequin nigériane Mayowa Nicholas. Si vous la croisez, vous pouvez lui demander, mais je crois qu’elle pose pour Dolce & Gabbana en ce moment (rires).

 

Allez joignez nous et lançons une pétition qui sais la magie d'internet prendra #MayowaxDelasebure 😅😜🙃 - Copyright @Mayowa Nicholas

WN : Quelles sont tes perspectives pour la marque ? Je sais que tu mets des blazers. Es-ce que tu vas faire une collection de blazers ? Avec des pantalons assortis ? Et des pantalons pour les femmes?

B.S. : J’ai toujours voulu faire des blazers, j’en ai fait un peu dans des collections capsule ou pour des évènements comme des mariages, mais pour la marque je vais sûrement en refaire.

Dans dix ans, j’imagine la marque super développée, avec plein de boutiques dans toutes les villes d’Afrique et du monde.

Sopatel Silmandé Ouaga - Copyright @theangryafrican

 

Propos recueillis par Thérèse de Gourcuff

 


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